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Lean et Flux de valeurFondations LeanDandotsu : l'excellence radicale comme objectif

Dandotsu : l’excellence radicale comme objectif

Le terme japonais dandotsu désigne une supériorité tellement écrasante que la comparaison perd son sens. Là où le kaizen prône l’amélioration continue par petits pas, le dandotsu pose une ambition différente : ne pas se contenter d’être meilleur, mais atteindre un niveau où la concurrence devient hors sujet.

Cette philosophie ne relève pas de l’arrogance mais d’une exigence radicale envers soi-même. Elle interroge les compromis que nous acceptons par habitude et pousse à repenser les standards plutôt qu’à simplement les dépasser.

Au-delà de l’amélioration incrémentale

Le kaizen, pilier du Lean, repose sur l’accumulation de petites améliorations. Cette approche est puissante mais comporte un risque : optimiser un système fondamentalement défectueux plutôt que de le repenser.

Le dandotsu invite à poser une question différente. Au lieu de demander « comment réduire nos bugs de 10% ? », il demande « pourquoi acceptons-nous des bugs ? ». Au lieu de « comment accélérer nos déploiements ? », il demande « pourquoi le déploiement n’est-il pas instantané et invisible ? ».

Cette reformulation radicale des objectifs force à examiner les contraintes que nous tenons pour acquises et à distinguer les limites réelles des limites auto-imposées.

Application en développement logiciel

En IT, l’approche dandotsu se manifeste par des objectifs qui semblent initialement impossibles. Zéro bug en production. Déploiement en une commande. Temps de réponse inférieur à 100 millisecondes. Récupération automatique de toute panne.

Ces objectifs ne sont pas des voeux pieux mais des contraintes de conception. Si le zéro bug est l’objectif, alors l’architecture doit rendre les bugs impossibles plutôt que simplement détectables. Si le déploiement instantané est l’objectif, alors l’infrastructure doit être conçue pour le permettre dès le départ.

Les entreprises qui ont adopté cette mentalité (Netflix avec le chaos engineering, Amazon avec le déploiement continu) n’ont pas atteint ces résultats par l’amélioration progressive d’un système existant, mais par la conception de systèmes où ces propriétés sont structurelles.

Le piège du benchmarking

L’amélioration par benchmarking, mesurer sa performance relative aux concurrents, est l’antithèse du dandotsu. Se comparer aux autres ancre dans une logique de rattrapage plutôt que de rupture.

Si vos concurrents déploient une fois par semaine et que vous visez deux fois par semaine, vous restez prisonnier de leur cadre de référence. Le dandotsu demande : pourquoi pas cent fois par jour ?

Cette question n’est pas rhétorique. Des organisations déploient effectivement des centaines de fois quotidiennement. Elles n’y sont pas arrivées en améliorant un processus de déploiement hebdomadaire, mais en construisant une infrastructure où le déploiement fréquent est la norme structurelle.

Exigence et humilité

Le dandotsu peut sembler élitiste ou irréaliste. Pourtant, son essence est une forme d’humilité : reconnaître que nos standards actuels sont des choix, pas des fatalités.

Accepter un taux de défauts « normal », un temps de déploiement « acceptable », une disponibilité « suffisante », c’est normaliser la médiocrité. Le dandotsu refuse cette normalisation non par perfectionnisme stérile, mais par respect pour les utilisateurs et pour le métier.

L’objectif n’est pas d’atteindre la perfection immédiatement, mais de refuser de définir le succès par rapport à l’échec des autres. C’est une boussole qui oriente les décisions quotidiennes vers l’excellence structurelle plutôt que vers l’optimisation locale.

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